jeudi 6 décembre 2007
le point sur la grève
Tout a commencé en soirée, mardi le 13 novembre. Alors que je me rendais à mon cours d'anglais, des étudiants descendaient les escaliers munis de tables et de chaises. Un souper organisé dans la cour? Non. Blocage des portes. Nous, étudiants consciencieux, avons attendu plus d'une demie-heure devant le local du cours, en espérant que notre bien-aimé professeur force le barrage, au péril de sa vie, afin de répondre à notre criant besoin d'instruction. En vain. Nous avons dû quitter l'étage sur le conseil d'étudiants bloqueurs nous apprenant que dans une dizaine de minutes, il serait peut-être impossible de quitter l'endroit à cause des tables devant les entrées. Bon...
La grève... c'est bien beau, mais moi je n'étais pas du tout au courant des revendications en jeu, je ne connaissais ni la LRU, ni Valérie Pécresse, Sarcozy n'était pour moi qu'un nom marrant entendu plusieurs fois au début de mon voyage à cause de son très médiatisé divorce, et en fait, vu mon statut d'étudiante pas-française, tout ça me passait bien des km au-dessus de la tête.
Aujourd'hui, 6 décembre, nous sommes encore en grève. Plus de trois semaines se sont écoulées sans, semble-t-il, qu'aucun changement positif n'ait miraculeusement été constaté.
La LRU, ou loi Pécresse, c'est un peu compliqué à expliquer, surtout que je ne m'y connais vraiment pas beaucoup. Ce que je sais, moi, c'est ce qu'on m'a dit: si les universités deviennent privées, les investissement seront généralement pour les universités "principales", et principalement, pour les facs "importantes" (comprendre: sciences). Arts, lettres et sciences humaines mangeront donc la claque, surtout dans les petites universités éloignées. Et en plus, les frais d'inscriptions à l'université augmenteraient beaucoup beaucoup. De ces éléments vient la fureur des étudiants qui m'en ont parlé. Je vous suggère cependant une petite visite internet pour en apprendre un peu plus. http://www.assemblee-nationale.fr/13/ta/ta0023.asp
Au plus fort du mouvement, nous étions 50 universités en grève. Maintenant, nous ne sommes plus qu'une petite trentaine, ou une grosse vingtaine, c'est selon. Pourtant, on nous répète AG après AG que le mouvement ne s'essouffle pas. Pourquoi alors les manifestations sont-elles de moins en moins grosses? Pourquoi les cours reprennent-ils dans plusieurs universités? Même les lycéens, contents de se joindre au mouvement, commencent à trouver que la quantité de cours à rattraper est de plus en plus impressionnante... extrait d'une interview: «Il y en a qui se découragent, ça commence à faire beaucoup de cours séchés tout ça», constate Firas, en seconde à Voltaire (Paris 11e). Que reproche-t-il exactement à la loi LRU? «Bon, je l'ai pas lue jusqu'au bout, mais d'après ce que j'ai compris, ça va privatiser la fac. Et ça, c'est pas bon pour moi.» C'est-y pas beau, la jeunesse révolutionnaire française?
Maintenant, c'est un peu n'importe quoi. Élise, à Aix, a dû reprendre ses cours cette semaine, puisque la fac ouvrait de nouveau ses portes... pour les refermer hier suite à une AG surprise. À Censier (Paris III), la grève et le blocage sont toujours votés en AG, mais un vote à bulletin secret fait par le Président la semaine dernière annonce que les étudiants veulent reprendre les cours. Ce qui fait que d'un côté, en AG, on apprend que tout est encore suspendu et bloqué, et que les profs nous appuient, tandis que le Président nous envoie des messages depuis une semaine pour dire que les locaux sont ouverts et qu'on doit se rendre massivement à nos cours pour faciliter le mouvement de reprise. Qui croire, que faire?
Et hier, sur le site de Censier, ce message d'une enseignante:
"Chers tous, Bernard Bosredon, le Président de l’Université, avait appelé ce matin d’importants renforts policiers pour « casser » le mouvement. Nous étions plusieurs enseignants présents ce matin pour être les témoins de ce qui se passerait, s’interposer aussi en cas de violences. Et nous avons eu la tristesse de voir que dans le petit matin de la rue de Santeuil, les policiers, gardes et autres vigiles avaient manifestement reçu l’ordre de cogner, alors même que les étudiants, depuis le début du mouvement, sont parfaitement pacifiques. L’Université devrait être un lieu de culture et de paix, un lieu où la violence et l’insulte n’ont pas leur place, un lieu d’échange et de dialogue. Pour protester contre ce qui s’est passé ce matin, nous sommes nombreux à refuser de reprendre les cours comme nous le demande notre bien-aimé Président. Nous ne voulons pas enseigner la littérature, le théâtre, l’espagnol ou le cinéma, avec un cordon de policiers armés à l’entrée. En ce qui me concerne, je ne ferai donc pas cours ni aujourd’hui, ni demain. J’aurais pourtant aimé, croyez-moi, reprendre le travail, mais il arrive un moment où l’on ne se sent pas le droit d’être complice. [...]"
Voilà où on en est... professeurs et étudiants veulent le retrait de la LRU, les professeurs protestent (tout comme les étudiants) contre les manières du Président (d'ailleurs, à l'AG de la semaine dernière, les étudiants discutaient de s'il était ou non en leur devoir/pouvoir d'exiger la démission de Bosredon...!!), et ledit Président semble se balader tout seul (enfin, entouré de vigiles et autres mecs mignons en uniforme) dans son entêtement.
À l'AG d'aujourd'hui, la première à laquelle j'ai assisté du début (10h00) à la fin (14h15), j'ai pris des notes intéressantes. Deux professeurs ont pris le micro pour nous expliquer les conséquences qu'aurait la LRU sur l'enseignement. Voici ce qui ressort:
1. Alors qu'actuellement, le pouvoir du Président est démocratique, avec la LRU ce deviendrait une espèce de hiérarchie où le Président n'aurait qu'à consulter ses copains ou ses contacts bien placés pour obtenir ce qu'il veut.
2. Actuellement, les professeurs sont engagés suite à une décision démocratique prise par une assemblée de leurs pairs (autres professeurs, chercheurs, spécialistes de la matière) au niveau commissionnaire ET au niveau national. C'est une sorte de contrôle de qualité. Suite à la LRU, une commission spéciale serait chaque fois formée pour étudier chaque poste. Il y a donc risque de copinage (le Président peut créer un comité favorable à la personne qu'il souhaite engager, sans ce "contrôle objectif de qualité" qui existe présentement).
3. Le but de la LRU est de former de futurs travailleurs. ENFIN (!) les gens apprendront des trucs utiles à l'Université, dit-on. La LRU est la solution miracle au chômage en France. Le risque, cependant, de former des étudiants très spécialisés dans un domaine très spécifique est que cet apprentissage sera vite dépassé. Actuellement, les champs d'étude sont plus vastes, moins spécifiques, ce qui donne aux étudiants une capacité d'analyse et d'adaptation plus grande. (Ben oui! Le système universitaire est parfait, en ce moment! Avec toutes les grèves, c'est sur que les élèves (et les profs!) n'ont pas le choix d'apprendre "l'adaptation"! hihi!)
4. La LRU donnerait plus d'heures de cours aux enseignants. Donc moins d'heures pour la recherche. Les cours seront donnés des contractuels, pas des enseignants-chercheurs, et la qualité des enseignements s'en ressentira. D'où les manifs des profs et du personnel contre cette loi, sous le slogan "Sauvons l'Université, sauvons la recherche".
Voilà donc, en gros, ce que j'ai retenu d'intéressant (le reste n'étant que du blabla remâché 100 fois).
Dernier point: les anti-bloqueurs. Ils sont peu nombreux, on ne les entend pas souvent s'exprimer. À la dernière AG, on les a presque supplié de prendre la parole. Ils l'ont fait aujourd'hui. Et avec quel courage, quelle détermination ils ont supporté les huées de ceux-là qui leur demandaient de s'exprimer la semaine dernière! Je n'ai jamais vu de foule aussi irrespectueuse. Et l'une de ces demoiselles, le front haut, venant apporter des solutions autres que le blocage pour se faire voir/entendre des médias, de dire en guise d'introduction: "J'ai réfléchit de mon côté. Ce n'est pas parce qu'on est contre le blocage qu'on est moins intelligents. Vous n'avez pas le monopole de l'intelligence, vous savez!" Yeah!
Le blocage a été re-voté. Mais à 340 voix contre 270 environ. Il en manque peu pour que cesse toute cette histoire de plus en plus relou.
***
En attendant que tout revienne à la normale, je devrais faire comme Odette et me mettre sur le party... Peut-être à Strasbourg ce weekend?!
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3 commentaires:
Moi j'aime mieux quand tu publie des belles photos et des aventures trépidantes. Mais c'est quand même chouette de comprendre ce qui te permet de pas étudier et de voyager aux frais de L'Université Laval;) Sur ce, en tant qu'étudiante pas en grève en fin de session (déjà!!), je te laisse! gros bisoux
Odette est populaire! Yeah!
MPour l'instant SoBe, j'ai juste regardé le vidéo que tu as mis. C'est MA-LA-DE! Ca va me mettre de bonne humeur pour (presque) toute la journée!
Dez as Party Maker
xxxx
WOW!!! Je viens seulement de lire ton post et de voir la photo. Tu as tellement le droit de prendre ce que tu veux sur notre blog. J'aime beaucoup nos blogs à tous inter-reliés. D'ailleurs je dois penser à t'ajouter dans les "Hot Stuff"
Bisous
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