Hier soir, nuit blanche à Paris.
Ce que c'est? En gros, tout est ouvert toute la nuit.
En particulier, c'est "Versailles off", un événement de deux nuits au Palais de Versailles et dans ses jardins, où des artistes exposent un truc ou présentent un "happening" concept. J'ai donc décidé que c'était une bonne occasion pour une première fois là-bas.
Je me rends à Versailles par le RER le plus louche qui soit [et je fais naturellement un petit détour avant pour voir la Tour Eiffel de nuit (tjrs aussi pas trop beau, juste impressionnant)], je marche une dizaine de minutes parmi les partisans des Bleus (l'équipe française de Rugby qui, contre toute attente, a triomphé de la Nouvelle-Zélande hier soir en quarts de finale) qui écoutent le match sur écran géant au centre de la place, puis je fais la queue pendant quinze minutes pour enfin franchir les détecteurs à l'entrée et pénétrer dans le Palais de Versailles. Géant!!
Bon. Pour cette soirée extraordinaire, ma mémoire seule sera le réceptacle de mes souvenirs, parce que mon super nouvel appareil-photo, malgré ses grandes qualités, ne rend pas le 10e de la beauté des lieux et de la magie de l'événement.
C'était une expérience sensorielle incroyable. Pour les yeux, certes, car on ne sait jamais où regarder, ni quoi regarder, parce qu'il y a trop de choses à voir et qu'on pourrait passer deux heures dans chaque salle du Palais, et une semaine dans les jardins, sans cesser d'être émerveillé. Expérience auditive, à cause de la musique qui sortait de haies du labyrinthe et qui nous transportait à l'époque du Roi Soleil. Expérience gustative grâce aux kiosques qui offraient, à un prix exorbitant, des verres de jus d'oranges du jardin fraîchement pressées. Expérience olfactive pour l'odeur froide et piquante de la nuit, mêlée à celle de l'automne, de la terre, des feuilles mortes, de l'eau des fontaines. Et expérience corporelle lorsque les yeux ne parviennent pas à percer la noirceur de la nuit, quand, au milieu d'une longue allée bordée de haies, le nez tout rose de froid, seuls les pieds sur le sol meuble semblent savoir où ils vont (quoique parfois ils se trompent, comme en témoigne le magistral bleu que j'ai sur la cuisse suite à une rencontre inopportune avec une barrière protégeant la pelouse...).
Un de mes plus beaux moments: je marche dans une allée déserte, il est bientôt minuit, plus de cent mètres de haies devant moi m'isolent du reste des festivités. J'ignore où je suis, mais la musique, qui s'amplifie de plus en plus, semble annoncer un retour prochain à la civilisation. J'émerge de cette allée près d'un banc de marbre que garde une statue. La musique est tout près. Derrière la haie, un gros rayon de lumière, qui émerge sans doute du sol, s'élève de plusieurs dizaines de mètres dans le ciel. J'entends des cris d'enfants, puis des dizaines de ballons argentés, lâchés du sol, s'envolent et tournoient dans les airs, entrant et sortant du phare de lumière, scintillant dans le ciel comme autant d'étoiles nouvelles. Comment une photo aurait-elle pu rendre la beauté de ce moment? C'était magique.
J'ai marché dans ce jardin pendant plus d'une heure. Ma première nuit dehors, sans doute pas la dernière, mais très probablement la plus mémorable de toutes.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

2 commentaires:
Ce qui me fascine, c'est que tu n'as peur de rien ... c'est ABSOLUMENT MAGNIFIQUE de pouvoir profiter de tout, avec tous les sens en alerte !! WOW ! J'ai vécu ce que tu as décrit !! ALLLEGRIA
Contente de savoir que je décris assez bien pour te permettre de l'imaginer! Mais... c'était tellement au-delà des mots, une expérience superbe mais impossible à décrire vraiment... J'espère avoir assez d'espace vide dans ma mémoire pour pouvoir emmagasiner tout ça, et m'en souvenir toute ma vie!
Enregistrer un commentaire